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ATTENTION, le château d'Arginy est une propriété privée et il n'est pas ouvert au public (sauf lors des journées du Patrimoine). |

Arginy, est situé sur le territoire de la commune de Charentay (Rhône). Le château, isolé dans la plaine entre Saône et Beaujolais, semble jaillir du Moyen Age. Flanqué de plusieurs tours et de deux ponts-levis, entouré d'eaux lourdes et verdâtres, il a sans doute vu passer successivement les Templiers, les seigneurs de la Renaissance et toute la fine fleur de l'ésotérisme moderne. |

A l'époque gauloise, le site était le centre d'une forêt où l'on exploitait une mine de sel. Lors de la conquête romaine, un lieutenant de César, nommé Arginus, fit bâtir un oppidum en ce lieu, qui, par la suite, prit son nom. Ce premier édifice de briques rouges allait durer neuf siècles. Et sur ses ruines on construisit un château au Moyen Age. Sur la route qui conduit au château voisin de la Girardière et qui passe devant le château, une voie romaine atteste la présence d'un très vieux passé. |
Le château fut construit en deux époques : au XIe siècle - de cette période il ne reste pratiquement rien - et au XVIe siècle. A proximité de la tour dite des huit Béatitudes, près des douves, des recherches permirent de dégager un ancien passage en terre.
Sur ce passage, les débris de deux tours appartenant à l'ancien système de défense ont été découverts, ainsi que les restes d'un pont de 5,80 mètres de long. Au XIe siècle, le château semble avoir été une construction peu importante, comprenant seulement trois tours et un donjon. La ferme qui se trouve devant le château fut construite à une époque ultérieure. Quant aux tours qui s'élèvent devant le pont-levis, elles datent du XVIe siècle. |
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Qui furent les propriétaires du château primitif ? Les archives régionales n'en ont pas gardé le souvenir. Mais en 1253, Louis de Beaujeu, suzerain de toute la vallée, choisit de quitter le château familial pour s'installer à Arginy. Ses descendants feront également d'Arginy leur demeure principale : Guichard VI le Grand en 1295, Edouard 1er en 1331, Antoinnette de Beaujeu en 1343. Puis quelques temps plus tard apparaît la famille de Vernet qui possédait quelques terres sur la commune de Charentay. Ils augmenteront leur domaine en acquérant en 1365 la ferme d'Arginy, puis en 1388 le château et toutes ses dépendances. |
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Au fil du XVe siècle, se succèdent comme propriétaires des lieux, Guichard II de Vernet (1422), Thomas de Vernet (1430), Jacqueline de Chalon (1453), Thomas de la Bussière (1485). En 1533, Claude de Vignolles rachète au roi François 1er le droit de justice dont jouissaient les Beaujeu deux siècles plus tôt. Le château est restauré et agrandi, puis la ferme est construite. |
En 1576, Antoinette de Vignolles poursuit l'agrandissement du domaine en faisant l'acquisition de plusieurs terres. C'est en 1883 que la famille de Rosemont devînt propriétaire des huit cents hectares de terre et du château d'Arginy. Les Rosemont étaient une des meilleures familles de la noblesse française. Leur fief, au XIVe siècle, se situait à Figeac dans le Lot.
L'intérêt suscité par Arginy en ce qui concerne le trésor du Temple est lié au maître Guillaume de Beaujeu, membre de la famille à laquelle appartenait le domaine du XIIIe au XIVe siècle. Guillaume de Beaujeu, comme l'indique notamment Dupuy dans son "Histoire des Templiers" de 1653, avait d'abord été enseveli à Saint-Jean d'Acre. Puis ramenée en France, sa dépouille avait été déposée dans l'enceinte du Temple de Paris. A-t-elle pris ensuite le chemin d'Arginy grâce à Guichard de Beaujeu ? c'est ici que le mystère commence, et que la course au trésor est lancée... |
Cette course au trésor, remonterait à la fin du XVe siècle : Anne de France (Anne de Beaujeu) fille de Louis XI, fit effectuer des fouilles dans les souterrains du château avec l'espoir d'y retrouver le trésor des Templiers.
Ses recherches, rapporte la tradition, s'achevèrent tragiquement. Un de ses ouvriers, qui était descendu dans un souterrain, poussa soudain un cri effroyable que perçurent ses camarades demeurés à l'air libre. L'homme ressortit néanmoins de la galerie, environ un quart d'heure plus tard, il marchait comme un automate, avec son crâne broyé d'où s'échappaient des lambeaux de cervelle. Parvenu devant ses compagnons, il écarta les bras et tomba enfin. Ceux-ci palpèrent son corps déjà froid et, constatant cette dernière "diablerie", refusèrent de reprendre le travail pour s'enfuir, épouvantés. |
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En 1883, Arginy était la propriété des Chambrun d'Uxeloup de Rosemont. Vers les années 1900, le comte Pierre de Rosemont entreprit à son tour des fouilles pour retrouver le trésor des Templiers. Il dégagea une galerie verticale dans laquelle un de ses ouvriers descendit au bout d'un câble. Sa descente s'acheva par un accident tout aussi tragique que précédemment : l'homme eut le pied broyé par une espèce de meule articulée... |
![]() photo prise en 1971 |
![]() photo prise en 1995 |
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Il y a plusieurs années, sa belle-fille, - épouse de Jacques de Chambrun d'Uxeloup de Rosemont (aujourd'hui décédé) - révéla à Breyer et à certains de ses amis, que son beau-père avait effectué des fouilles dans le château en 1914. Or, celui-ci aurait brutalement reçu "l'ordre spirituel" de cesser ses investigations et d'obstruer les orifices des souterrains à partir desquels il avait entamé ses recherches.
En fait, Pierre de Rosemont aurait découvert un mystérieux sarcophage. Breyer, quant à lui, était persuadé que Rosemont serait arrivé jusqu'à une salle de petite dimension, située à moins de 12 mètres de profondeur, dans laquelle reposeraient un baron de Camus et son épouse, un seigneur formé à l'ésotérisme templier, initié de la Renaissance, principal auteur des graffiti alchimiques retrouvés à l'intérieur des salles et sur le blason d'entrée. |
Toujours à l'époque du comte Pierre, deux accidents tragiques auraient également eu lieu à Arginy. Un étranger s'étant présenté au château en affirmant pouvoir découvrir le trésor des Templiers, fut retrouvé deux jours plus tard sur le bord de la route, le crâne brisé. Un fermier ayant entrepris des fouilles clandestines fut victime d'un accident similaire : une roue de son char lui écrasa la tête. |

En 1950, Jacques de Rosemont, fils de Pierre, se lança à son tour à la recherche du trésor des Templiers en travaillant au bulldozer. En vain... Cette même année, un officier anglais, représentant une société secrète britannique, proposa une grosse somme pour le château au comte de Rosemont qui refusa de vendre. Nombreux furent par la suite ceux qui cherchèrent également à acquérir le domaine...
Car pour certains, le trésor des Templiers doit d'une manière générale être considéré comme protégé par des forces occultes déchaînant une malédiction contre ceux qui tenteraient d'en percer le secret. Or, le site d'Arginy est de loin réputé comme le plus dangereux, le plus inviolable, le plus "occulté". Donc, le trésor pourrait bien y être enfoui. Ainsi, les amateurs de mystère et d'irrationnel ne craignent pas de manier le syllogisme s'il peut les conforter. |
![]() Ici sont réunis les membres de "l'ordre souverain du Temple solaire." Portant chapeau, frère Jean, 23e Grand Maître de l'ordre. A ses côtés bras croisés, le propriétaire du château. |
En 1953, alors que Jacques de Rosemont était encore de ce monde, une équipe d'occultistes, de médiums et de chercheurs décidés entreprit avec l'accord et l'appui des Rosemont, de s'attaquer au mystère d'Arginy et à son trésor templier. Il y avait là Jacques Breyer, écrivain et ésotérisme, Armand Barbault, alchimiste, et son épouse, remarquable médium, Maxime de Roquemaure, M. et Mme Michon, de Beaujeu, Claude Cariven, cinéaste, M. Champion et bien d'autres. Tous ces spécialistes en sciences occultes se livrèrent à nombre d'expériences spirites invocations nocturnes, dont certaines furent particulièrement spectaculaires. Le "contact " fut établi, paraît-il, avec onze entités templières, gardant le trésor, et nullement disposées à en indiquer l'accès ! |
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Travaux occultes et campagnes de fouilles se poursuivirent pendant un certain temps. Puis des incidents aussi multiples que variés vinrent les perturber peu à peu.
Les uns après les autres, les visiteurs quittèrent Arginy. La vieille bâtisse féodale retrouva bientôt le silence. |
Pas pour longtemps. Tout ce que la France compte d'occultistes, hermétistes, médiums, alchimistes et autres mages défila à Arginy. Quant aux chercheurs clandestins, il est quasiment impossible d'en estimer le nombre : combien furent-ils, durant trente ans, à pénétrer sur le domaine, maniant le pendule ou la dynamite, sondant chaque pierre, retournant chaque pouce de terrain ?...
Dans un ouvrage aussi étrange que passionnant, paru en 1973 chez Robert Laffont, Le Temps hors du temps, Gabrielle Carmi, médium, spécialiste de la kabbale et des religions comparées, relance le mystère d'Arginy tout en apportant de nouvelles précisions sur celui-ci. Le trésor serait un coffre contenant un recueil de parchemins faisant, état de révélations capitales sur une foule de sujets, oeuvre des initiés du Temple. Néanmoins, Arginy n'a toujours pas, officiellement du moins, livré son secret. Alors, comment expliquer l'engouement prononcé de chercheurs, venus d'horizons très divers, pour ce lieu ? |
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Puis on trouve le document Schiffmann qui rapporte que Jacques de Molay, découvrant l'iniquité du procès conclua qu'il n'y avait plus d'espoir, ni pour lui ni pour l'Ordre. Il fit venir prés de lui, quelques jours avant son supplice, le comte de Beaujeu, son neveu, "qui depuis longtemps avait témoigné une vocation décidée pour entrer dans l'Ordre", "l'initia aux mystères" et lui tint des propos obscurs.
Le document précise alors : "Dès que Jacques de Molay fut expiré, Beaujeu se mit en devoir de s'acquitter de ses engagements. Il s'assura 9 chevaliers, restes infortunés échappés aux fureurs de la persécution et aux terreurs des supplices ; il mêla son sang avec celui de ses frères et fit vœu de propager l'Ordre sur le globe tant qu'il se trouverait neuf architectes parfaits. Il alla demander au roi Philippe la permission d'enlever du tombeau des Grands Maîtres le cercueil du Grand Maître Beaujeu son oncle paternel prédécesseur de Molay et l'ayant obtenue, il descendit avec ses frères dans le tombeau des Grands Maîtres et fit emporter le cercueil, qui au lieu des cendres de son oncle renfermait la caisse d'argent, dont il a été fait mention. Il fit enlever aussi les trésors contenus dans les deux colonnes et transporter, le tout en lieu de sûreté." |
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Les graffitis réalisés dans la tour dite "des Huit Béatitudes" |
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Esotéristes et chercheurs de trésors en déduire que ce "lieu de sûreté" ne pouvait être que le château d'Arginy, situé sur les terres de l'ancien domaine de Beaujeu. Toutefois, il faut préciser qu'Arginy n'était à l'époque du Temple qu'une dépendance : le véritable château était Beaujeu et il sera détruit par les révolutionnaires.
De plus, si l'on s'en tient au document Schiffmann, comment concevoir que "quelques jours avant son supplice", Jacques de Molay ait eu autant de facilité pour recevoir des visites, initier, donner des instructions précises etc. sans surveillance et en toute liberté ? Molay, outre ses geôliers, devait être entouré d'espions... Comment expliquer la bonne grâce avec laquelle Philippe le Bel accéda à la requête du comte de Beaujeu ? Aucun historien ne s'est non plus penché sur la réalité de cette parenté entre Jacques de Molay et le comte de Beaujeu. |
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A notre connaissance, le document Schiffmann, fut pour la première fois publié en France par John Charpentier en 1945. Il n'a donc pu influencer Pierre de Rosemont, ni les différents chercheurs des années 1900. Moins encore Anne de France qui, la première, effectua des fouilles à Arginy. Enfin, autre contradiction, le document ne fait aucune allusion au domaine des Beaujeu. En effet, à la suite de la citation précédente, on peut lire : "Il est probable que se fut à Cypre où résidoit l'Archimandrit ou Patriarche avec le Grand Chapitre clérical de l'Ordre."
Ainsi, si l'on en croit le document Schiffmann (à condition qu'il soit authentique et que sa teneur ne soit pas uniquement symbolique) le trésor des Templiers devrait se trouver à Chypre, sans doute à Limassol, thèse à laquelle ont d'ailleurs adhéré plusieurs historiens. Il y a donc là un authentique mystère : une solide tradition orale, remontant à l'époque de l'affaire des Templiers, désignait-elle Arginy comme une cache de l'ordre, tradition dont la fille de Louis XI, par on ne sait quel moyen aurait eu connaissance ? |
Historia Spécial Le Charivari Gabriel CARMI Robert CHARROUX |
: N°385bis. La chasse au trésor. René HILLAL. 1978. : N°19. Les huit béatitudes d'Arginy. Mars 1974. : Le temps hors du temps. Editions Robert Laffont. 1973. : Trésors du Monde. 1962. |