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LA BÊTE PHARAMINE DE VERGISSON Légende mâconnaise du XVIIIè siècle |

Publiée pour la première fois par l'abbé Ducrost dans les Annales de l'Académie de Mâcon en 1888, la Bête Pharamine fit l'objet d'un tirage à part devenu rapidement introuvable. Elle est pour les Mâconnais, la Tarasque de notre région. Cette légende, comme toute honnête histoire, finit par une morale. Celle-ci peut se résumer dans ces quelques mots : beaucoup de bruit pour rien. Le conteur avisé a su maintenir l'intérêt jusqu'à la fin. L'horrible monstre plumé et flambé pesait en tout un quarteron, c'est la montagne qui accouche d'une souris. |
Au ciel dès que cet oiseau point D'où vient que le soleil s'éclipsa ? Ce monstre ne serait-il point La Bête de l'Apocalypse ? Tremblez, fuyez, Vergissonnais ! Avec raisons vous frissonnez : Au ciel que l'éclair illumine, Voici la bête pharamine. |
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Le vieux savant qui se promène Tenant en main son manuscrit Se croit bien seul dans son domaine : Dans l'air, la Bête a fait son cri, Et cet animal amphibie Sur le cahier fait, cadédis ! Ce qu'une hirondelle jadis Fit dans les yeux du vieux Tobie. |
Quand la patrie est en danger Ses fils savent mourir pour elle : Tes fils, épousant ta querelle, O Vergisson, vont te venger... Dans la nuit propice aux grands coups Ils arrivent l'un après l'autre : Quand le soleil luit sur le plateau Pas un ne manque au rendez-vous. |
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"Braves chasseurs", leur dit le maire Quand il les voit tous réunit, "C't'usiau-là n'est pos un'chimère, "On en parle tant qu'à Cluny : "Vous ai du plomb dans v'tes gibernes, "Vous ai du coeur sous v'tes tetons, "Et, quand ça s'rait l'hydre de Lerne, "Astujord'hi nous l'abattons." |
Où courent-ils, tous ces grands coeurs ? Est-ce à la mort ? à la victoire ? En tous les cas c'est à la gloire : Ils reviendront morts ou vainqueurs... Ils vont, déchirants aux bouchures Leur culotte et même leur peau ; Et plus d'un dans cette aventure Perd son sabot ou son chapeau. |
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Les bons chasseurs ont vu la Bête, Mais la Bête aussi les a vus : A les combattre elle s'apprête, Elle pousse des cris aigus. La troupe aussitôt se rassemble, Tous les héros sont sur les lieux Et pas un seul d'entre eux ne tremble... Que va-t-il se passer, grands dieux ? |
Mais les chasseurs de Vergisson Ne sont pas des couyons, ma chère : Sans un émoi, sans un frisson L'un d'eux fait feu sur l'adversaire ; L'oiseau crie, atteint en plein vol, Et de Tramayes à Serrières Quand il s'écroula sur le sol Chacun sentit trembler la terre. |
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Le bec ouvert, l'oeil en furie, On voit contre eux l'oiseau bondir : C'est une effroyable tuerie, Car il faut vaincre ou bien mourir... Homère, il me manque ta lyre Pour chanter ce combat fameux !... Mais enfin l'animal expire, Et le soleil lui, radieux. |
A l'aide de grands "pots" de benne, Joyeux, chantant sous le ciel bleu, Quatre hommes portent avec peine La dépouille du noir Peteu... Et vous, femmes de Vergisson, Arrachez-lui plume après plume : Et, pour le bucler sans façon, Allons ! que le bûcher s'allume ! |
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Mais quand on eut plumé la Bête, Le monstre jadis triomphant, Il n'étit pas, foi de poète, Gros comme le poing d'un enfant ; Et cette bête épouvantable Qui fit trembler les environs (La chose est à peine croyable) Ne pesait pas un quarteron. |
L'Abbé DUCROST Georges PROTAT |
: Les Annales de l'Académie de Mâcon. 1888. : Le Journal de Saône-et-Loire, N°261 du 23 septembre 1895 : Le Peteu de Vergisson. 1966. |