La chasse au sanglier |
Un de nos correspondants nous a fait parvenir le texte suivant, que nous pensons provenir du "courrier des lecteurs" d'un des N° de la revue Mystéria (que nous regrettons de ne pas connaître).
"C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu votre article sur Rennes-le-Château (Mystéria N°2). Ce n'est pas dans cet article le côté ésotérique qui m'a retenu, je laisse à d'autres le soin de s'égarer dans ces sentiers sans fin. Ce qui m'a alerté plutôt, c'est une déclaration de Mr Saunière qui prétend avoir vu la Bibliothèque de son lointain cousin l'abbé... Pourquoi cet intérêt ? Il se trouve que j'ai la chance d'avoir eu moi-même un parent d'une certaine notoriété qui, dans les années 20, "hérita" en quelque sorte, de certains des ouvrages de l'abbé Saunière, dont un en particulier provenant de la bibliothèque de l'Abbé H. Boudet. Cet ouvrage, un exemplaire du Magasin Pittoresque, est comme vous pouvez le constater, (?) signé par l'abbé Boudet. Il s'agit bien de l'édition de 1834, citée page 300, de "La vraie langue celtique" dont l'auteur est justement le curé de Rennes-les-Bains. Cette citation concerne un passage de l'article du Magasin Pittoresque intitulé "La chasse au sanglier". Boudet, dans son ouvrage, intitule aussi son chapitre "La chasse au sanglier", page 298. Or, à l'intérieur de cet exemplaire (celui du Magasin Pittoresque), j'ai découvert le fragment d'un acte dont il manque la partie supérieure, acte rédigé par, ou à la demande, de l'Abbé Jean Bigou, curé de Rennes-le Château, l'an 1747, le 4 mars. Cet acte mentionne la présence, sous le maître-autel d'une église dont j'ai volontairement occulté le nom, d'une crypte abritant quatre tombeaux et deux grands coffres contenant des écrits divers. Cette crypte a été fermée devant le curé du lieu à la demande d'un nommé Sire Arnaud, cultivateur qui était en fait le régisseur des terres du seigneur de Rennes-les-Bains. La présence de tombeaux et d'actes dans une crypte sous un maître-autel n'a en soi rien de bien mystérieux, il s'agit souvent d'actes relatifs au sanctuaire. Ce qui paraît insolite, c'est le fait que l'on veuille que "leur sépulcre ne devoit point estre connu du peuple et aultres habitants du dict lieu du... que la crypte restera secrète... et qu'il seroit bon de conserver les dicts parchemins et grimoires...". Ceci est d'autant plus curieux quand on sait que le seigneur du lieu en question avait pour figure emblématique un sanglier... Curieux quand on sait que la fin de l'article de Boudet dans la "Vraie langue celtique" se termine par cette citation : "Ils ensevelissaient les morts dans des tombeaux formés de terre et de pierres, élevés en cônes, et connus sous le nom de Barrow, tombe, tertre." Curieux enfin quand on sait que sur la tombe de Boudet à Axat on peut lire ce signe : IXOI qui n'a rien de mystérieux (il se traduit par : Jésus-Christ fils de Dieu Sauveur). C'est un symbole chrétien dont la valeur numérique est de 829 : |
| IOTA I = | 010 (deux fois) |
| KHI X = | 060 |
| THETA O = | 009 |
| SIGMA = | 200 |
Or, à la côte 829 sur la carte I.G.N. au 25.000 de l'endroit, on peut aisément voir, au sommet d'une sorte de tertre, des vestiges de constructions très anciens sur les terres des seigneurs dont l'emblème était représenté par un sanglier. Sur les "cadastres" de 1750, 3 ans après que Jean Bigou ait rédigé l'acte dont j'ai la partie supérieure, l'endroit en question se nommait "La Barra", ce qui, en languedocien signifie entre autre "amas de terre ou de roches", probablement ce que l'Abbé Boudet nomme lui "Barrow" dans son livre codé. Des vestiges de tombes (à) cet endroit pourraient faire songer ici à la présence, jadis, d'une église...
Ce qui m'amène à vous écrire, c'est surtout pour demander, par votre intermédiaire, si l'un de vos lecteurs n'aurait pas eu connaissance de près ou de loin, de l'autre partie de cet acte qui, j'en suis persuadé, est d'une grande importance pour les recherches sur Rennes-le-Château. Je ne sais si ce document a quelque chose à voir avec les parchemins trouvés par l'Abbé Saunière, mais je pense qu'il y a de fortes présomptions en faveur de ce rapprochement. Vous comprendrez aisément pourquoi je souhaite encore garder mon nom et mon adresse secrets. Vous pouvez bien évidemment publier ma lettre si vous le souhaitez, plus il y aura de monde qui la lira, plus j'ai de la chance de voir un jour celui qui possède, si elle existe encore, la moitié perdue de l'acte de l'Abbé Bigou." Recevez mes salutations distinguées.
S'il ne s'intéresse pas à son côté ésotérique, l'auteur anonyme semble tout de même très au fait de l'affaire de Rennes. Pensant que certains seraient curieux de connaître le texte du Magasin Pittoresque, nous l'avons recherché et le reproduisons ci-après, bien qu'il n'apporte rien de nouveau. |

Chasse au sanglier. On est fier et joyeux au logis, quand le dimanche soir, épuisé de fatigue, couvert de poussière, le front en sueur, nous avons entr'ouvert sur la table notre carnassière sanglante : on crie de plaisir, on se dispute l'honneur de compter les grains de plomb qui tout-à-coup ont arrêté la perdrix dans son vol, de découvrir du doigt l'endroit précis où la balle a percé le ventre ou brisé la patte du lièvre : on flatte Brisquet ; on suspend la poire à poudre sculptée et la bouteille d'osier vide du vin généreux qui a soutenu notre courage ; on replace aux rayons le volume inachevé qui, vers midi, a hâté notre sommeil sous l'ombrage d'une haie ; on s'empresse à détacher nos longues guêtres gercées par le soleil, et à remplacer par une coiffure fraîche et légère notre casque de toile.
Seulement prenons toujours garde qu'on n'admire de trop près notre bon fusil noirci par la fumée ; car c'est un souvenir bien précieux que celui d'une journée de chasse où l'on n'a pas fait éclater le canon pour y avoir bourré double charge par mégarde, où l'on ne s'est pas exposé à un suicide en sautant un fossé, où l'on n'a pas tiré dans les jambes d'un ami ; où enfin, au retour, le foyer domestique n'a pas été épouvanté d'une détonation imprévue. Sauf des accidens de cette nature, qu'un peu de prudence sait éviter, il faut convenir, au reste, que la chasse est vraiment aujourd'hui un passe-temps bien pacifique, un divertissement civilisé, et qui n'a plus rien de son antique barbarie ; ce n'est plus une de ces expéditions féroces, simulacre des combats, disent les poètes, où l'on se piquait de risquer sa vie pour l'espoir d'un morceau de venaison, où l'honneur ne permettait de fuir aucun gibier, et où il fallait, sans désemparer, le tuer ou se faire tuer par lui. Fort heureusement le lion et le tigre ne sont pas de notre pays : quant aux sangliers, lorsqu'ils dévastent les moissons, on les tue de nuit un à un, ou l'on paie une prime aux villageois pour les traquer et les tuer comme des chiens enragés. Mais qu'un joyeux chasseur aille risquer des palpitations de cœur en faisant assaut de plain-pied avec un pareil animal au fond des bois, ce serait vraiment une folie digne du héros de la Manche ! Tout au plus est-il raisonnable de hasarder à le viser quand on se trouve posté en un lieu sûr, par exemple sur un arbre. Une histoire complète des malheurs arrivés à la chasse, ou plutôt à la guerre aux sangliers, serait d'un intérêt tout mélodramatique. Les anciens ont bien exprimé l'horreur que doit inspirer la férocité et la sauvagerie de cette terrible bête, en l'opposant dans leurs mythes au plus beau des mortels et au plus fort des immortels. C'est un sanglier qui met à mort Adonis ; et Hercule ajoute à sa gloire en triomphant du sanglier d'Erimanthe. Ensuite, parmi une foule de traits, on se rappelle les affreux évènemens que causa la chasse du sanglier de Calydon, dont la hure fut offerte à Atalante par le jeune prince Méléagre. Si l'on en juge par un passage d'Oppian, il y avait d'étranges idées sur le sanglier répandues par les chasseurs de l'antiquité : "On dit du sanglier, rapporte cet auteur, qu'il a une dent blanche cachée au dedans, ayant quelque chose de brûlant. Quand les chasseurs l'ont percé de leurs longs javelots, si quelqu'un arrache un poil de cet animal encore palpitant, et qu'il le mette près de cette dent, ce poil paraît d'abord griller et se tourne bien vite en rond. On voit de même que les chiens, en divers endroits de leurs côtes, où les dents ardentes du sanglier ont touché, semblent avoir quelques vestiges de feu qui s'étendent sur leur peau". Jacques du Fouilloux, qui écrivait au XVIe siècle, et qui était un brave chasseur, ne paraît pas trop rassuré quand il traite des sangliers. Il assure en avoir chassé un qui à lui seul massacra en quelques instans quarante chiens sur cinquante. En somme, il ne conseille pas de faire courir à une bonne meute de telles sortes de bestes ; "car, dit-il, si les autres espèces esgratignent ou mordent, il y a toujours moyen de remédier à leur morsure ; mais au sanglier, s'il blesse un chien de la dent au coffre du corps, il n'en cuidera jamais eschapper". Et toutefois il ajoute plus loin : "Si une meute de chiens est une fois dressée pour le sanglier, ils ne veulent plus courir les bestes légères, parce qu'ils ont accoustumé de chasser de près, et avoir grand sentiment de leur beste". Voici ce qu'il dit entre autres choses sur les moyens les moins dangereux de chasser et de se défaire de l'animal : "C'est une chose certaine que si on met des colliers chargés de sonnettes au col des chiens courans, alors qu'ils courent le sanglier, il ne les tue pas si tost ; mais il s'enfuyra devant eux sans tenir les abbois. Il faut que le piqueur lève la main haute, et qu'il donne les coups d'épée en plongeant , se donnant garde de donner au sanglier du costé de son cheval, mais de l'autre costé ; car du costé que le sanglier se sent blessé, il tourne incontinent la hure : que s'il est en pays de plaine, le piqueur doit mettre un manteau devant les jambes de son cheval ; puis doit tuer le sanglier à passades sans s'arrêter". Lorsque le piqueur est à pied, il plonge son couteau de chasse au défaut de l'épaule en s'esquivant légèrement de l'autre côté. Dans de vieilles estampes qui représentent des illustres capitaines de Germanie à la chasse, on remarque que les javelots sont dirigés surtout à la tête ou à la poitrine. Les valets et les chiens aimaient peu cette chasse, comme on peut le croire : on était toujours muni d'aiguilles, de fil et de soie pour raccommoder ceux qui étaient éventrés : l'odeur seule du sanglier rebutait souvent la meute ; il fallait les exciter de très près et leur parler d'un ton plein. Les cris en usage étaient : Hou hou... vel-ci aller, vel-aller... hou hou... la ha, la ha ha ha. Contre les règles ordinaires de la chasse, s'il y avait trop grande perte de chiens et quelquefois d'hommes, il était permis, mais seulement à la dernière extrémité, d'abattre la bête d'un coup de fusil ou de pistolet. Il est rare de pouvoir chasser un sanglier en moins de cinq ou six heures, et quelquefois il faut trois ou quatre jours. Le dernier prince de Condé affectionnait beaucoup cette chasse, et entretenait des chiens vigoureux qu'on y avait particulièrement dressés ; on rencontre dans les bois de Chantilly des traces nombreuses de sangliers. Dans le nord de l'Europe, on voit encore de belles troupes de chasseurs livrer combat à ces animaux : en Allemagne, on se sert quelquefois de toiles dans lesquelles on les cerne au moyen de grandes battues ; on les laisse ensuite sortir un à un par une étroite ouverture, et on les tire à l'aise sans grand péril. En Angleterre, au XIIe siècle, il y avait une telle quantité de sangliers, que les environs même de Londres, alors entouré de bois, en étaient infestés. Une portion de terrain du comté de Fife, en Ecosse, était autrefois appelée Muckross, ce qui signifie, en langage celtique, la colline aux sangliers. On rapporte qu'avant la réforme, dans la ville de Saint-Andrew, des chaînes suspendaient, à l'autel de la cathédrale, deux dents de sanglier qui avaient chacune de 15 à 16 pouces de hauteur. En Amérique, le sanglier était inconnu avant l'invasion des Européens : il abonde dans l'Inde ; mais sa nature paraît y être moins féroce que dans l'Occident. Les dents du vieux sanglier se tournent en forme de croissant, la pointe vers les yeux ; on les nomme miré, ou même contre-miré, quand elles sont contournées ; alors il foule du bouttoir si terriblement fort, que ses coups sont souvent plus funestes que ses incisions. L'animal jusqu'à six mois, en langue de chasse, se nomme marcassin ; de six mois à un an, bête rousse ; d'un an à deux, bête de compagnie ; de deux à trois, ragot ; à trois ans, c'est un sanglier à son tiers an ; à quatre, un quartan ou quartanier ; et passé ce temps, c'est un vieux sanglier qu'on appelle solitaire et vieil ermite. La femelle porte toujours le nom de laie. Le sanglier, qui n'est autre chose que le cochon tel qu'il existe à l'état sauvage, crie et grogne rarement ; mais il souffle avec violence : quand il désespère d'échapper à ses ennemis, il se roule et se vautre à terre, s'élance par bonds, ou s'asseyant dans une cépée, fait face à son ennemi avec fureur. Il y a dans sa puissante colère, dans ses mœurs libres, dans son allure et son apparence farouche, une sorte de poésie qui le distingue de cette commune et grossière ineptie de la race soumise à la domesticité. Il vit ordinairement seul. En hiver, il se tient loin du voisinage des hommes, dans des espèces de forts hérissés d'épines, en été, il rôde aux lisières des bois, et pendant la nuit il fait des sorties pour ravager les champs : il se nourrit de vers, de racines, de glands, de faînes, de noisettes, de petits lapins, de petits lièvres, d'œufs de perdrix et de perdreaux, de légumes et de grains. Il fait beaucoup de bruit en mangeant, ce qui dénonce sa présence dans l'obscurité ; et quand il est alarmé, au lieu de fuir, il s'arrête pour reconnaître le péril, ce qui peut donner le temps de l'ajuster. On rencontre parfois des troupes de laies et de marcassins, ou de sangliers voyageurs qui se rendent dans les pays lointains ; ils ravagent les campagnes sur leur passage, et s'arrêtent volontiers quelques jours dans les endroits fertiles ; quand ils sont repus, ils poursuivent leur route en traversant les fleuves et les rivières, soit à la nage, soit sur la glace. Nous n'avons pas corrigé l'orthographe du texte du Magasin Pittoresque ni celle encore plus ancienne des citations. On peut repérer aisément les parties du texte utilisées par l'abbé Boudet pour son livre. |
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