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Le Temple de Chalon sur Saône

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Le Temple de Chalon sur saône vers 1900

L'église du Temple était jadis isolée au milieu des bâtiments de la commanderie qui s'étendait de la rue de Lyon actuelle à la Saône. Transformée en fabrique de liqueurs, elle est enserrée par des maisons, de sorte qu'on ne voit que sa façade, dans la rue qui porte le nom de rue du Temple, et son chevet au fond d'une cour donnant sur le quai Gambetta.

Mais un tableau de Jules Chevrier, daté de 1880 et conservé au Musée, montre la face méridionale bien visible au-dessus des maisons basses qui s'élevaient alors sur le quai. Ces constructions furent démolies vers 1900, elles ont été remplacées par un bâtiment beaucoup plus haut (n° 12 du quai) qui masque toute l'église.

Pendant quelque temps, au cours des travaux, celle-ci fut entièrement dégagée et une photographie prise alors nous conserve l'aspect que devait avoir primitivement le Temple.

Nous sommes renseignés également sur l'état ancien par les procès-verbaux des inspections ou "visites pastorales", effectuées par ordre du Grand-Prieur de Champagne, de qui dépendait la
commanderie de Chalon, procès-verbaux dont douze ont été conservés, le premier de 1571, les autres s'échelonnant de 1649 à 1783. (Archives de la Côte D'or, fonds du Grand-Prieuré de Voulaines, série H). Le Temple est orienté au nord-est, à peu près parallèlement à la Saône.

Son plan est un rectangle dont les dimensions extérieures sont approximativement 23m50 sur 9m. La construction était contrebutée par treize contreforts, deux à la façade, deux au chevet, cinq sur la face nord et quatre seulement à la face sud, le premier contrefort de cette dernière étant remplacé par une tourelle carrée.

La façade a été très modifiée : le premier contrefort de la face nord a disparu et la maison voisine vient s'appuyer sur le contrefort de gauche de la façade.

La porte, de style classique, date sans doute de 1769, année où le commandeur de Dyo-Montperroux fit exécuter d'importantes réparations ; son fronton arrondi, aux armoiries martelées, coupe le ressaut à larmier signalé plus haut.

Fragment du plan de Rancurel.
Le
S indique l'emplacement du Temple

Au-dessus sont percées une ouverture carrée et, plus haut, une fenêtre en plein cintre, qui paraissent très restaurées. Le pignon est peu aigu (90°) ; à droite un mur le relie à la tourelle qui remplace le premier contrefort de la face méridionale.

La partie inférieure de cette tourelle est à l'alignement de la façade, mais la partie supérieure, à la hauteur du glacis du contrefort de droite, s'avance en encorbellement supporté par des modillons qui ont l'apparence - mais l'apparence seulement - de mâchicoulis.

Sur les deux autres faces de la tourelle, le surplomb est d'ailleurs beaucoup moins prononcé qu'en façade.


Des meurtrières éclairent l'escalier à vis que renferme la tourelle. Pignon, mur de raccord et tourelle sont couronnés par la corniche à modillons concaves, dite corniche bourguignonne ; le modillon de l'angle nord-ouest est remplacé par une tête humaine grimaçante.

La façade ayant été remaniée, quelques détails rappellent un état antérieur qu'on ne peut reconstituer : dans l'angle formé par la face interne du contrefort de droite et le mur, au-dessus du ressaut, est logé un pan de maçonnerie en surplomb qui correspond à une ouverture murée de l'escalier de la tourelle. A la même hauteur, sur la face interne du contrefort de gauche, est fixé un corbeau en quart de cercle.

Signalons encore qu'à la base de la tourelle a été scellée la pierre tombale du commandeur Calais de la Barre, mort le 22 août 1559, qui a été retrouvée en décembre 1919, au cours de travaux exécutés dans l'église.

Le chevet plat est éclairé d'une triplet dont la fenêtre centrale est légèrement plus large (0m80) que les fenêtres latérales (0m70). Le pied des fenêtres repose sur le ressaut à larmier, mais ce dernier est plus bas d'environ un mètre que sur les faces latérales.

Au-dessus du triplet est percée une petite fenêtre en plein cintre, légèrement désaxée à gauche, grossièrement agrandie par l'arrachage de quelques pierres. Le contrefort de droite du chevet a disparu, englobé dans une bâtisse moderne.

Tout l'édifice est construit en petit appareil très régulier, l'encadrement des fenêtres, les angles de la tourelle, la face antérieure des contreforts étant en échantillon plus grand.

L'intérieur du Temple a été complètement transformé. Le sol a été abaissé et deux planchers établis, de sorte que la nef forme aujourd'hui trois étages, dont deux sont plafonnés et le troisième voûté. La voûte est une voûte d'arêtes établie en 1769.

Elle se compose seulement de trois travées, les deux dernières travées de l'église étant couvertes par un seul élément de voûte. Les retombées des voûtes pénètrent dans les murs qui sont aujourd'hui absolument rectilignes, sans trace de colonnettes ni de culots.

On ignore donc comment était supportée la voûte primitive, mentionnée dans les visites du XVIIe siècle. La seule partie intéressante de l'intérieur est constituée par les escaliers à vis. Comme dans tous les escaliers de tourelle, il y en a, en effet, deux : le premier large, d'un mètre, occupe la tourelle de l'angle sud-ouest jusqu'à la hauteur de la voûte de l'église et débouche dans le grenier, sous une voûte d'ogives très simple : les ogives ont une section carrée et la clef, très petite, est ornée d'un feuillage à faible relief ; cette voûte est environ à mi-hauteur de la partie en encorbellement de la tourelle.

Au-dessus d'elle se trouve une petite pièce (3m25 sur 2m), où l'on monte par le second escalier à vis, large de 0m60, qui commence là où aboutit le premier. Cette pièce est voûtée de la même façon que la cage d'escalier inférieure. Elle a été transformée en colombier à une époque ancienne, une des trois meurtrières qui l'éclairaient, celle du sud, a été élargie à sa base et des pots ont été disposés contre le mur.

La tourelle est couverte aujourd'hui de tuiles creuses ; elle l'était déjà au temps de Jules Chevrier, mais ce n'est sans doute pas l'état primitif. Le second escalier permet, en effet, de parvenir au-dessus de la deuxième voûte et les visites des XVIIe et XVIIIe siècles mentionnent un clocher : "au devant de la porte et sur le pignon du costé de la cour est un clocher de bois couvert de tuille comme tout le reste du corps de ladite chapelle, dans lequel sont deux cloches presque de mesure grosseur et d'environ chascune de vingt pouces de diamètre".

Nous ne possédons aucun renseignement sur la date de cette église dont on ne connaît même pas le vocable avec certitude : elle est appelée le plus souvent Saint-Barthélemy, mais aussi parfois Saint-Jean-Baptiste.


Il n'existe sur le temple de Chalon qu'un court article de Louis Gallas, publié dans le Progrès de Saône-et-Loire du 27 novembre 1927, et M. Morgand, archiviste en chef du département, indique qu'aucune indication sur la date de la construction n'est fournie par le fonds de la commanderie conservé aux Archives de Saône-et-Loire.

Fouque, dans son Histoire de Chalon, publiée en 1844, et Lavirotte, en 1852, ont écrit que l'église du Temple avait été "édifiée", "relevée sur les ruines de l'ancienne", en 1407. Le premier précise que les fenêtres "en forme de fer de lance" indiquent bien un Ordre militaire.


La rue du Temple

Mais au milieu du XIXe siècle, l'archéologie était encore dans l'enfance ; cet édifice présente en réalité, tous les caractères du XIIIe siècle, notamment dans ses fenêtres, dans sa corniche analogue à celle du chœur de Saint-Vincent construit vers 1230.

Les ogives des deux voûtes de la tourelle sont assez archaïques, mais c'est là un caractère qu'on retrouve dans toutes les petites églises du XIIIe siècle de la région comme l'a montré encore tout récemment une élève de l'Ecole des Chartes, Mlle Fernillot, dans sa thèse consacrée aux Eglises gothiques dans l'ancien diocèse de Chalon.


Les éléments qui permettraient une datation rigoureuse : chapiteaux, base de colonnes, faisant entièrement défaut, il faut se contenter de placer vers le milieu du XIIIe siècle, sans préciser davantage, la construction de cet édifice qui est un bon exemple à la fois du style gothique bourguignon et de l'architecture des Templiers.


PRECEPTEURS & COMMANDEURS
ORDRE du TEMPLE
1167
?
1294
1301-1302
: Henricus de Dola
: Hugo de Peraudo
: Odo de Castronovo
: Johannesque Senanti


ORDRE de SAINT JEAN de JERUSALEM
1378
1407
1559
1607
1629
1672
1719
1769
: Girard de Fougeroles
: Hugues d'Arci
: Calais de la Barre
: César Lemaire de la Bondue
: Pierre de Talmay
: René de Chérisy
: Chevalier de Berbisey
: Pierre de Dyo de Montperroux



DOCUMENTATION


Paul GRAS : Extrait des Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône - Tome XXXII - 1947.

E.-G. LEONARD : Introduction au cartulaire manuscrit du Temple (1150-1317) constitué par le marquis d'Albon.

L'INSOLITE N° 15B : SPECIAL ORDRE DU TEMPLE. Reprend les textes présentés sur les panneaux de l'exposition ''A la rencontre des Templiers''.

L'INSOLITE N° 16B : SPECIAL ORDRE DU TEMPLE. Importante bibliographie consacrée à l'ordre du Temple.

L'INSOLITE N° 21 : SPECIAL ORDRE DU TEMPLE - ARCHIVES DE L'EMPIRE : CROISES, TEMPLIERS ET HOSPITALIERS.

L'INSOLITE N° 22 : GLOSSAIRE des termes communs ou expressions relatifs aux Templiers et à leur époque (1118 - 1320).



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