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LE TEMPLE de COULOURS

AVERTISSEMENT

Propriété privée - NE SE VISITE PAS




Aucun document précis ne permet de situer exactement les origines de Coulours. Le plus ancien texte faisant mention de ce village est une chartre de Wenillo, archevêque de Sens qui vers l'an 847 donne au monastère de Saint Rémi de Sens, transféré à Vareilles, des terres "in fine Coloriacense".


La forme latine la plus ancienne du nom de Coulours après celle employée dans cette chartre est "Collatorium", et apparaît en 1135, puis suivront en 1193, "Coleorio" et "Coalaorium", en 1204, "Colors", en 1226 "Coulors", en 1235 "Coloirs-in-Othe", en 1360 "Collors". Puis au fil des siècles suivants : "Collours", "Coullours", et "Coulours-en-Othe". Ce n'est qu'au XIVème siècle que le nom de Coulours est mentionné, mais ce n'est qu'au XVIIème siècle que ce nom sera couramment usité.
Les moines du monastère de Saint Rémi devinrent ainsi possesseurs d'un vaste domaine, s'étendant de Voisines et Fontaine-la-Gaillarde à Arces et Rigny-le-Ferron. Cette contrée de l'antique Pagus Senonicus fut inclue dans le comté de Sens lors de sa formation au Xème siècle, à l'exception du fief de Coulours qui appartenait aux Vicomtes de Villemaur, vassaux des Comtes de Champagne.

Parmi ceux-ci, le comte Thibaut II prit une grande part à la fondation de l'ordre des Templiers dont il fut l'un des premiers bienfaiteurs.

Grâce à ses libéralités, et par l'entremise de l'archevêque de Sens et de l'évêque de Troyes, entre 1127 et 1134, les Templiers entrèrent en possession de Coulours où ils établirent une de leurs premières préceptories.


La maison de Coulours fut édifiée sur le point le plus élevé du plateau d'Othe, à proximité d'une source. Ses bâtiments formaient un vaste quadrilatère entouré de murs de défense. Le domaine s'étendait sur une partie des territoires des Sièges, de Flacy, de Rigny et de Cérilly. En 1143, avant son départ pour la Terre Sainte, Drogon Strabo donna aux frères de Coulours tout ce qui lui appartenait au Mesnil-Saint-Loup.

Les Templiers de Coulours possédaient à Chablis le droit de banvin (droit exclusif reconnu au seigneur qui l'autorise, à vendre pendant un certain nombre de jours (environ 1 mois) vin, cidre, sel... de sa production avec exemption de toutes taxes royales. Pendant cette période, les cabaretiers pouvaient vendre leur vin aux seuls étrangers) qui leur avait été donné par feu Miles, seigneur de Noyers.


En 1226, Garnier de Trainel, seigneur de Marigny, vend aux Templiers de Coulours, pour 600 livres de Provins, sa terre et seigneurie de Belleville. Ces derniers possédaient déjà dans ce village des terres provenant d'une donation passée en 1212 avec le sieur Henri Ribault. En juin 1236, Erard de Brienne leur abandonne les cinq moulins banaux de Venisy, avec obligation aux habitants du lieu d'y aller moudre, et s'interdit le droit d'en construire d'autres de Tourny jusqu'à Avrolles. En mars 1254, Gui Ragos fait don des terres situées près de la maison "dou luetel" et touchant à la voie qui va de Linant à Saudurant.

De nombreuses donations et ventes viendront augmenter le patrimoine de la commanderie de Coulours, et ainsi, dès la fin du XIIIème siècle, acquit une certaine importance. Son domaine comprenait environ 1400 arpents (un arpent est une étendue de terre, contenant ordinairement cent perches carrées de superficie en vigueur sous l'ancien régime dans plusieurs régions de France (Metz, Paris, Toulouse...) mais qui selon l'endroit pouvait avoir des équivalences différentes. L'arpent royal équivalait à 5 107 m²) de terre en labour, prés et bois.

Après la suppression de l'ordre du Temple, les biens de la préceptorie furent attribués, le 24 août 1312 aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem.

Devenue commanderie, Coulours fut rattachée à la province du grand prieuré de France dont le siège se trouvait à la Tour du Temple de Paris. Les commanderies étaient généralement attribuées à un Grand Maître ou à des frères, elles étaient visitées tous les cinq ans par le grand prieur, mais le plus souvent par des commissaires.

Le plus ancien rapport de visite concernant Coulours date de 1333, et il est ainsi établi : "Le commandeur, un frère curé, un frère chapelain, un frère pour la besogne de la maison, un frère chancelier, un clerc pour l'église, une chambrière pour l'hostel. Dépenses par an : 100 livres.
L'aumône qui est donnée en la maison trois fois la semaine, à tous ceux qui mendient : 18 livres. Pour les venues de l'archevêque de Sens : 30 livres. Pour la venue du Grand Prieur : 30 livres. Aux religieux de Vauluisant et au curé de Flacy : 5 septiers de blé valant 17 sous. Revenu total de la commanderie et des dépendances : 730 livres 11 sols 4 deniers. Revenu net, charges déduites : 231 livres 8 sols 4 deniers ".


En 1338, la maison du Mesnil Saint Loup, du Luteau, de Turny, de Rigny, de Sivray et la maison des Vallées dépendaient de la commanderie de Coulours. En 1479, la commanderie de Coulours fut réunie à celle de Troyes, mais en 1574, elles furent séparées, comme l'avait décidée le chapitre réuni cette même année. Coulours fut composée de la plupart de ses anciens membres, plus la commanderie de Barbonne, et de ce qui restait des commanderies de Rosnay et de la Chapelle-Lasson, détachées de la commanderie de Troyes.

Trois membres dépendaient de l'ancienne commanderie de Barbonne : le domaine de la Forestière, la terre et la seigneurie de Beaudement et la maison de Queudes. L'ancienne commanderie de Rosnay se composait de la ferme de l'Hôpital et des maisons de Trouan, de la Chapelle-Vallon et d'Arcis-sur-Aube.


Le 15 juin 1720, le commandeur Louis de Froulay loue une partie des bâtiments de la commanderie, qui venait d'être gravement endommagée par un incendie. Le preneur s'engagea à payer 50 livres de loyer par an et à faire exécuter, à ses frais toutes les réparations. Un an après, le 18 juin 1721, les travaux seront terminés et leur réception eu lieu en présence des commissaires de l'ordre, qui notent dans leur procès verbal : "Il serait à souhaiter que toutes les commanderies fussent en aussi bon état et eussent des administrateurs aussi zélés que M. de Froulay, lequel ne s'est pas contenté des réparations absolument nécessaires, il a fait beaucoup d'améliorrissements considérables".




INVENTAIRE DE LA COMMANDERIE DE COULOURS EN 1735


Les Archives Nationales possèdent trois procès verbaux datant de 1735 concernant la visite de cette commanderie. Ces visites sont très précieuses car elles donnent une description très précise, comme vous pourrez vous en rendre compte, de ce que pouvait être l'état général de la commanderie de Coulours au XVIIIème siècle. Nous la reproduisons ici dans son intégralité.

"Le manoir seigneurial de Coulours a son entrée par une grande porte cochère cintrée, de pierre de taille, sur laquelle est une chambre ou pavillon, construit en bois et placage et couvert en tuile.

En face de la porte d'entrée est l'hôtel seigneurial, au-devant duquel règne une galerie formée par un mur à hauteur d'appui et des piliers qui soutiennent le corridor qui est au-dessus. La galerie est carrelée de grands carreaux de terre cuite avec fleur de lys couronnée, empreinte sur chacun d'eux.

Au milieu sommes entrés dans une grande salle à cheminée ayant deux croisées sur le jardin et sur la cour, et, par un petit passage à droite, dans une autre grande chambre également éclairée sur le jardin et sur la cour, et, entre les deux, un cabinet ayant vue sur le jardin.

Dans la grande salle, au-dessus de deux lambris, figure un plan de Malte, peint sur toile, aux armes du commandeur de Balincourt.

Reprenant la galerie à gauche, il y a une cuisine avec un four, un office éclairé de trois panneaux de verre sur le jardin, avec un lavoir en pierre de taille en niche dans l'épaisseur du mur ; ensuite un fruitier.

A la porte de la dite cuisine est un escalier en bois et pierre formant un pavillon carré saillant d'où la première volée monte à un grand corridor au-dessus de la galerie et est éclairé par six croisées sur la cour et planchéié par le bas. Dans ce corridor, il y a quatre chambres et deux cabinets d'un côté de l'escalier, et, de l'autre côté, une chambre où est une petite armoire servant d'archive.

La grande chambre du premier étage, avec cheminée, est carrelée de petits carreaux et éclairée d'une croisée à panneaux de verre sur lesquels sont peintes les armes de deux différents commandeurs.

Dans une autre chambre se trouvent une tapisserie de Bergame d'environ 15 aunes, un bois de lit à hauts piliers, garni et recouvert d'une housse d'étoffe en Pou de Paris et blanc.

Dans une autre chambre, est une tapisserie de fil blanc et bien fabriquée dans le pays de Caux en Normandie, appelée Damas de Caux, d'environ 12 aunes, avec un autre lit à bas piliers, garni, avec deux rideaux, deux bonnes grâces et soubassements. Le tout de moire grise à bande de points à la Turque avec des franges doublées de satin à fleurs de couleur paille et la contre-pointe de même satin, doublée d'une toile jaune.

Dans une chambre à côté est un canapé de même Damas de Caux, avec six chaises de même, un miroir à cadre doré, d'un pied carré, une commode de bois de noyer.

Dans une armoire qui est au-dessus de l'office sont renfermés : six paires de draps de maître, dix paires de draps de domestiques, onze douzaines de serviettes, cinq nappes, quatre autre nappes de toile ouvrée, quinze tabliers de cuisine, vingt quatre torchons, six mauvais essuie mains.

Au bout du dit corridor est un petit grenier dans lequel est un siège d'aisance. La seconde volée de l'escalier conduit à trois greniers qui règnent sur tout le bâtiment.

Au bout des dits bâtiments, construits en pierre et en moellons, vers la chapelle, est une descente droite près d'un petit hangar et d'un charbonnier, pour communiquer à un très grand berceau de cave voûtée, dans toute l'étendue du bâtiment. Dans cette cave, séparée en deux parties par une cloison, avons trouvé 110 bouteilles de vin blanc.

En face de la galerie est une terrasse en cour, dans laquelle sont plantés six beaux marronniers et où il y a quatre bancs de menuiserie, peints en vert. Ladite cour est séparée de la basse cour par un mur d'appui construit en cailloutage et recouvert en brique, et en retour, du côté de la chapelle, règne un mur de même hauteur, séparant la dite cour d'une autre partie de la cour joignant la chapelle, avec porte de sortie dans les champs.

La dite chapelle, construite partie moellons et partie en pierre et couverte de tuile, vient d'être réparée tant en sa cottière qui donne dans la cour, qu'en un mur de séparation qu'on y a élevé pour en diminuer la trop grande étendue. Au-dessus de l'autel est un tableau représentant l'annonciation de la Sainte Vierge, peint sur toile, dans un cadre de bois où sont les armes du feu commandeur de Balincourt.

Au devant et aux deux côtés de l'autel sont deux corniches de bois posées sur quatre colonnes de bois tournés, à droite du chœur est un banc de bois, pour le seigneur commandeur, avec un prie dieu au devant, et au pourtour du chœur sont des bancs pour les assistants.

Le chœur est éclairé par trois petits vitraux, dont deux sont au derrière de l'autel, où sont peintes les armes du commandeur de Balincourt, lequel chœur est voûté et séparé de la nef par une balustrade en bois tourné et au-dessus de la porte est une croix aussi en bois.

Sur l'autel est placé un crucifix et deux chandeliers de cuivre, deux coussincts, trois nappes d'autel et une couverture de fil avec des petits carreaux à fleur.

Dans une armoire, du côté de l'épître sont renfermés : un calice d'argent, en bas et sur le pied duquel il est gravé qu'il a été donné par M. le commandeur de Balincourt en 1771, sa patenne d'argent doré, trois chasubles, l'une de serge rouge, l'autre de serge blanche et grise et la troisième de serge noire, avec leurs étoiles et manipule, trois aubes, deux amicts, une ceinture, trois essuie main, un missel romain. Il y a dans la chapelle un vieux lutrin de bois, un prie dieu et une petite cloche attachée au mur
".




Aujourd'hui :

Il est important de souligner l'attrait des propriétaires actuels, Monsieur et Madame Foisard, pour la commanderie. Leur passion pour l'ordre du Temple, et plus particulièrement pour "leur commanderie", les ont sans doute guidé dans la recherche et les essais de "reconstruction virtuelle" du site. Bien que quelques vestiges subsistent encore (bas-côté de la chapelle, la base de la tour, l'ancienne prison seigneuriale, la demeure du fermier et quelques dépendances) il n'était pas aisé d'en refaire l'implantation et la disposition. Aussi, nos aimables propriétaires n'ont pu mener à bien leur travail d'embellissement du site qu'avec l'aide bénévole d'un architecte belge également passionné, Monsieur Derclaye. Grâce à eux, des plans et élévations ont été dressés, et nous les remercions d'avoir accepté d'en communiquer quelques-uns.




Reconstitution de la chapelle. Coupe en travers.
parties hachurées en petit : parties existantes ; parties hachurées plus espacés : parties détruites






Coupe dans la charpente actuelle






Plan de la chapelle



PRECEPTEURS & COMMANDEURS

ORDRE du TEMPLE
Vers 1130
1150
En 1162
1190
1193
1258-1259-1260
1287-1288
1299-1306
: Frère Raymond de COULOURS.
: HUMFROY.
: ERTAUD.
: GILBERT.
: P. DE MONZON.
: ROBERT, précepteur de Coulours, Payns et Troyes.
: Henri de SUPIN.
: Jean MOREL DE BEAUNE dit Jean de Coulours.

ORDRE de SAINT JEAN DE JERUSALEM
1320
1333
1347
1358
1366
1390
1408
1415
1423
1456
1470
1486
1499
1523
1536
1537
1539
1548
1563
1572
1598
1625
1640
1650
1662
1668
1694
1717
1731
1746
1754
1771
1772
1775
1781
1790
: Frère Jean de MARLIENS.
: Frère Jean de CARLEPONT.
: Frère Raoul de PASSY.
: Frère Simon de CHAUDERON.
: Frère Guillaume de la MOTTE.
: Frère Jean LHERMINIER.
: Frère Guillaume EVRARD.
: Frère Pierre de SIVRAY.
: Frère Jean BODEAU.
: Frère Thomas DENGLOS.
: Chevalier Jacques SERPE.
: Chevalier Pierre de DINTEVILLE.
: Chevalier Philippe de VILLIERS DE L'ISLE-ADAM.
: Chevalier Pierre de CLUYS.
: Chevalier Jacques de BOURBON.
: Chevalier Philippe CARLEAU.
: Chevalier Claude d'ANCIENVILLE.
: Chevalier François de LORRAINE.
: Chevalier Pierre de la FONTAINE.
: Chevalier Henri d'ANGOULEME.
: Chevalier Jacques de HARLEY DE SANCY.
: Chevalier Jacques de ROUXEL de MEDAVY.
: Chevalier Philippe de Longvilliers de POINCHY.
: Chevalier Gilbert d'ELBENNE.
: Chevalier Joachim de CHALLEMAISON.
: Chevalier Claude-Charles BOULART DE SILLERY.
: Chevalier Thimoléon TESTU DE BALINCOURT.
: Chevalier Louis de Froulay de TESSE.
: Chevalier Paul-Roger de BEUZEVILLE de LA LUZERNE.
: Chevalier Jacques-Louis du MOUSTIER DE SAINTE-MARIE.
: Chevalier Paul de Vion de GAILLON.
: Chevalier Jacques François PICOT DE COMBREUX.
: Chevalier Charles-Marie de GUINES DE BONNIERES.
: Chevaliers des ROCHES.
: Chevalier Pierre de MAULEON DE SAVAILLON.
: Chevalier Pierre-Marie-Joseph de BONIFACE DU REEL.


BIBLIOGRAPHIE


BRISBOIS (Henri) : Coulours (Yonne). Essai de monographie communale (1942).

MANNIER (E.) : Les commanderies du Grand Prieuré de France (1872).

LEONARD (E.-G.) : Introduction au cartulaire manuscrit du Temple (1150-1317) constitué par le marquis d'Albon (1930).

L'INSOLITE N° 15B : SPECIAL ORDRE DU TEMPLE. Reprend les textes présentés sur les panneaux de l'exposition "A la rencontre des Templiers".

L'INSOLITE N° 16B : SPECIAL ORDRE DU TEMPLE. Importante bibliographie consacrée à l'ordre du Temple.

L'INSOLITE N° 21 : Spécial Ordre du Temple. CROISES, TEMPLIERS et HOSPITALIERSArchives de l'Empire. Publication d'un manuscrit dont l'auteur anonyme a listé, à partir des cartons des archives, un grand nombre de personnages, leur fonction et appartenance à un site. 100 pages illustrées de cartes postales anciennes.


L'INSOLITE N° 22 : Spécial Ordre du Temple. GLOSSAIREGlossaire des termes communs ou expressions relatifs aux templiers 1118 - 1320.