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| Les Préceptories | Midi-Pyrénées | Haute-Garonne | Sommaire | L'insolite |

Le village de Montsaunès est situé sur une colline dominant le confluent du Salat avec la Garonne. Sa position au débouché de ces deux grands couloirs de pénétration pyrénéens sur la pleine toulousaine en fait un lieu géographique exceptionnel. Habité depuis longtemps par les hommes, comme l'indique les vestiges d'un tumulus celtique, ce fut donc tout naturellement que les romains occupèrent ce lieu vers le début de l'ère chrétienne, présents dans la région de Salies (Salinae) qui tirait toute sa fortune de ses fontaines salées.
Un aqueduc romain recueillait les eaux de source et les conduisait sur les tables de marbre formant une cuve d'évaporation. Au sud de cette installation, avec des substructures romaines, on a découvert une petite piscine en marbre de Campan et de Saint-Béat, pavée de mosaïques. Ainsi, non seulement, on exploitait le sel gemme à Salies, mais encore on savait utiliser les propriétés médicales des eaux salées. A partir du Moyen Age, on continua à produire du sel. Le seigneur du lieu prenait son tribut sur les ventes de sel. La position stratégique de Montsaunès était sans contexte un de ses principaux atouts, mais sa valeur militaire dut perdre une grande partie de son importance pendant la paix romaine, mais qui néanmoins dut être rapidement restaurée pendant la période troublée des grandes invasions et par les nombreux soubresauts politiques qui en résultèrent. De nombreux vestiges furent découverts ici et là soit à la suite de travaux agricoles, soit lors de sondage fait pour les besoins de recherches archéologiques. |
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En 1906, lors de travaux d'assainissement réalisés près de l'église, fut découvert un sarcophage qui ne fut pas daté avec précision, mais qui était antérieur à l'installation des Templiers à Montsaunès. Un chrisme était gravé sur un de ces faces. Il fut découpé et placé en façade de l'ancienne maison Gayan. Un moulage de ce chrisme fut réalisé et est actuellement conservé au musée saint Raymond de Toulouse.
L'église de Montsaunès est quant à elle connue depuis longtemps des archéologues. Du Mège, Conservateur des Antiquités de Toulouse et l'architecte Robert Ruprich la visitèrent dès le début du XIXe siècle. Dans un opuscule écrit en 1902, l'abbé saint Laurent, reprenant à son compte un écrit de 1839 de M. de Lordes, maire de Saint-Martory, notait au sujet de l'ancienne église de sa ville : "Elle existait au XIe siècle depuis un temps immémorial lorsque les religieux de l'ordre de saint Benoît, envoyés de l'abbaye de Montauban, s'établirent dans la ville de Saint-Martory où ils exercèrent les fonctions curiales et bâtirent un monastère érigé en titre de prieuré. Les églises de Mancioux, Boussens, Mazères, Arnaud Guilhem et Montsaunès en dépendaient". |
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Il y avait donc dès le XIe siècle une église à Montsaunès. Par la suite les prieurs de Saint-Martory allaient devenir au XIIe siècle les premiers bienfaiteurs de la préceptorie de Montsaunès. Il est évident qu'il n'est pas fait allusion ici de l'église actuelle de Montsaunès, construite quant à elle par les Templiers, mais d'une autre plus ancienne qu'ils utilisèrent avant et pendant la construction de celle que l'on peut admirer aujourd'hui.
La présence de l'ordre du Temple sur cette colline se situe aux environs de 1140 et durera sans discontinué jusqu'en 1312, date de la cession des biens des Templiers aux Hospitaliers. La date exacte de leur arrivée n'est pas déterminée avec précision, certains érudit locaux pensent que ce fut vers 1140, ce qui correspondrait à peu prés à la fondation en 1136 de la préceptorie de la Nougarède située dans le canton de Foix. |
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Monsieur Mondon écrit dans la "Revue de Comminges" en 1912 "que ces dates correspondent exactement à l'action la plus forte menée contre les Maures installés sur les confins du Couserans et du Comminges, celle que dirigèrent en 1094 et 1134 les rois de Pampelune et d'Aragon Sanche 1er Ramire, Pierre 1er Sanche et Alphonse 1er le batailleur".
En 1118, le comte de Comminges était à la prise de Saragosse contre les Maures. Le désastre de Fraga en 1134 expliquerait l'arrivée des Templiers dans cette région qui avait une action plus militaire, que les Hospitaliers déjà implantés dans la région. Rappelons que le but de l'ordre du Temple était de défendre la Chrétienté contre les attaques répétées des infidèles. Nous retrouvons ainsi parmi les principaux bienfaiteurs du Temple le puissant comte de Comminges, puis les seigneurs de Montpezat, de Roquefort, les Bastères, les Couts, les Aspet, les Martres, les Tersac et enfin comme déjà cité plus haut les prieurs de Saint-Martory. |
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Montsaunès défendait pratiquement tout le comté de Comminges qui s'étendait à cette époque du confluent du Salat jusqu'à la ligne de crête. La vallée du Salat menait au port de Salau où les chevaliers de Saint-Jean avaient un Hôpital ; alors que la vallée de la Garonne n'était pas seulement le couloir emprunté par la grande voie Toulouse-Bayonne, mais aussi le débouché sur la plaine de nombreux ports pyrénéens.
Tandis que la Nougarède défendait le bassin de l'Ariège, Montsaunès défendait le reste des Pyrénées Occidentales. Charles Higounet écrivait en 1952 dans la "Revue de Comminges" : "La commanderie de Montsaunès était, par sa situation et par ses biens, la plus importante du versant français des Pyrénées.../...La route des pèlerins, des marchands et des armées passaient sous ses portes". |
Dès leur installation à Montsaunès, la première préoccupation des Templiers fut sans doute de fortifier leur position. Aucune indication n'apparaît dans le cartulaire en ce qui concerne la construction d'un fort, aucune trace non plus d'achats de matériaux, ni de contrats passés avec des ouvriers. Par contre, ce cartulaire indique fort bien l'enrichissement de la préceptorie pendant toute la deuxième moitié du XIIe siècle.
Vers la fin du XIIe siècle, les Templiers possédaient des biens à Bartère, Castans, Vidalets, Figarol, Sainte Mayronne de la Pajole, à Saint-Martory ; sur la rive gauche de la Garonne à Lafitte, à Carrole, à Salès, à Couts ; sur le versant nord du massif d'Ausseing à Canens, dans le Terrefort et enfin en Castillonnais. Bien installés dans la région, les Templiers sont devenus de très riches seigneurs. Ils rendent la justice dans leurs nombreuses possessions et celles-ci leur versent des redevances qui leurs permettent de vivre aisément. |
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En 1312, après un interminable procès, les Templiers seront dépossédés de leurs biens. Pourchassés, ils trouveront asile parmi leurs nombreux amis et seigneurs locaux comme Bertrand de Montpezat et Arnaud Guylhem de Comminges. Les chevaliers de Saint-Jean, héritiers de la commanderie de Montsaunès entreprirent dès la fin du XIVe siècle de grands travaux afin d'augmenter la sécurité du village.
Raymond de Lescure, alors Grand Prieur de Toulouse et commandeur de Montsaunès réunit les consuls et arrête avec eux les conditions de la construction d'un fort pour compléter les moyens de défense, afin d'en accueillir la population en cas de danger. Cet acte passé à Montsaunès le 11 février 1397, fut confirmé l'année suivante par le chapitre provincial du Grand Prieuré de Toulouse. De nombreux documents sont conservés aux Archives Départementales de la Haute Garonne, notamment les "Visites" effectuées de 1635 à 1782, qui donnent de précieux renseignements sur ce que pouvait être la vie en ces temps là. Ces textes décrivent une communauté prospère, le commandeur était Haut-Justicier à Montsaunès et y possédait "...noblement château joignant l'église, plus une maison appelée rectorerie, un jardin derrière le château...". |
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Le visiteur décrivait aussi toutes les métairies et dépendances, on sait ainsi que relevaient de Montsaunès en tout ou partie : Mazères sur le Salat, Cassagne, Ausseing, Plagne, Cadeilhan en Gascogne, Couret, Encausse, Valentine, Saint-Gaudens, Escanecrabe, Latoue, Vieussas, Saint-Martory, Figarol, et beaucoup d'autres encore. A la fin du XVIIIe siècle, les biens de la commanderie étaient affermés au prix de 19 800 livres.
Après la Révolution, tous les biens de la commanderie devinrent la propriété de l'Etat et furent vendus aux enchères en 1791. Les murailles et les bâtisses du château servirent de carrières de pierres aux villageois : le château était déjà en ruines. Du Mège écrivit en 1850 : "On renverse en cet instant la dernière tour de ce monument". |
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Dès cette époque, il ne restait donc plus du château que la maison presbytérale et une autre maison qui abritait la mairie et l'école. Seule l'église est restée intacte, citons une nouvelle fois Du Mège, qui nous donne des renseignements précieux sur cet édifice : "L'église de Montsaunès est un monument remarquable et digne d'être conservé, non seulement comme objet d'art, mais aussi comme se rattachant à l'histoire de deux Ordres célèbres dans les annales de la religion. Et c'est peut-être d'après ces motifs que Monsieur le Ministre de l'Intérieur a bien voulu classer cet édifice parmi les églises monumentales du département".
C'est également à cette époque que l'architecte Robert Ruprich visite l'église et en exécute des plans très précis, conservés aux Archives Départementales de la Haute Garonne. |
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Le portail Ouest est surmonté d'un chrisme et d'un bandeau figuré où cinquante-deux têtes humaines sont accolées.
"Les élus présents aux côtés de Dieu (au centre), ont le visage calme et en paix. Ceux qui ont vécu loin de Dieu, les damnés (en allant vers les extrémités), ont le visage déformé par la laideur, la terreur et la souffrance de l'enfer".
Les murs intérieurs étaient entièrement crépis et peints à "fresco secco". A l'Ouest, il n'y a que des scènes figurées. Des personnages, apôtres et prophètes, sont placés sous les arcades proches du chœur. La voûte est décorée de motifs géométriques : semis d'étoiles, rosaces, croix du Temple, damiers, chevrons, rubans ou festons, etc. Illustration d'une symbolique hermétique ? |